Canicule : DES RISQUES ÉLEVÉS POUR LES AINES ET LES TOUT-PÉTITS

Les médecins conseillent de veiller particulièrement sur ces couches fragiles. Mais personne n’est à l’abri des ennuis de santé liés à la forte chaleur

Une forte poussée de chaleur sévit dans notre pays depuis de nombreuses semaines. Dans la capitale, la température dépasse très souvent la barre de 40°C pendant une bonne partie de la journée. On parle alors de canicule. Par ce temps chaud, au cours de la journée, rares sont ceux qui se risquent à mettre le nez dehors, sans y être obligés. Et même ceux qui restent à l’ombre des arbres ou des hangars sont obligés de recourir à des éventails pour se donner un peu d’air frais. Les privilégiés qui ont la possibilité de profiter de l’air conditionné, se plaignent du mauvais rendement de leurs appareils de climatisation, poussés à fond mais qui n’arrivent pas à rafraîchir les locaux, à cause de la forte chaleur et de la fluctuation de la tension électrique.
Même à la tombée de la nuit, la température ne baisse pas. La chaleur est suffisamment forte pour perturber le sommeil de ceux qui ne disposent pas de l’air conditionné dans leurs chambres à coucher. Aussi, par temps de canicule, les ventilateurs ne sont pas d’un grand secours car ils brassent de l’air chaud, incommodant les occupants des locaux.
Sur les lieux de travail, il n’est pas rare de voir les gens bâiller en expliquant qu’ils n’arrivent pas à trouver le sommeil durant la nuit à cause de la forte chaleur. Le manque de sommeil est l’une des conséquences les plus immédiates et les plus anodines de la canicule, et il est à l’origine de la baisse de rendement de nombre de travailleurs.
Signe que la canicule est devenu un problème de préoccupation majeure : le sujet est au centre des conversations des Bamakois partout dans les bureaux, les grins, les marchés, dans les transports en commun… La canicule continue toujours d’occuper les esprits, même après la relative baisse de la température observée hier grâce à la pluie bienfaitrice tombée sur la capitale, tôt le matin. Les Bamakois donneraient beaucoup pour que le temps doux dont ils ont profité hier, se prolonge.
Car cette chaleur étouffante n’est pas sans risque pour les couches vulnérables, notamment les personnes âgées et les enfants. Ceux-ci sont sujets à de gros risques de santé à cause de la canicule. Malheureusement les statistiques fournies par certains centres hospitalo-universitaires (CHU) de la place, confirment cette tendance.
Les hôpitaux du Point G et de Gabriel Touré, sont soumis actuellement à rude épreuve. Dans ces établissements hospitaliers, le personnel avoue la hausse du taux de mortalité et la résurgence de certaines pathologies en période de forte chaleur. Ce qui est à l’origine de fréquents motifs de consultation à tous les niveaux de la pyramide sanitaire.
La canicule a-t-elle fait beaucoup de victimes à l’hôpital du Point G ? Impossible d’avoir un bilan exact des effets de la vague de chaleur. Mais le moins qu’on puisse affirmer, c’est que le service des urgences de l’établissement hospitalier situé sur les hauteurs de Bamako a reçu des malades liés à la canicule. «Chaque année en cette période, le flux de malades est plus important », confirme le Dr Bourama Diabaté, major du service des urgences de l’hôpital du Point G. Le praticien ne donne pas de statistiques exactes pour étayer ces propos. Cependant, il indique que les personnes du troisième âge, représentent une part importante des victimes.
Plusieurs d’entre elles, notamment en provenance des régions et des environs de la capitale, arrivent au service des urgences « dans un état très critique ». Ce qui explique une hausse de la mortalité, ayant un rapport avec cette hyperthermie. La déshydratation et la détresse respiratoire constituent les problèmes les plus fréquents liés à la situation de forte chaleur.
Le toubib explique que «le nombre de décès est élevé parce que les malades viennent tardivement à l’hôpital. 80% des personnes décédées à cause de la canicule n’ont pas dépassé 72 heures à l’hôpital ». La situation n’est guère plus reluisante au niveau du CHU Gabriel Touré. Le service d’accueil des urgences (SAU) de cet établissement sanitaire a reçu un nombre élevé de patients à cause de la situation de forte chaleur.
Cette année, il y a eu 1 444 malades admis aux urgences en février passé contre 1 526 en mars dernier. Parmi ces derniers, il y a 131 hommes et 77 femmes âgés de plus de 60 ans. Quant aux malades de la tranche d’âge 1-4 ans, on dénombre dans le lot 34 garçons et 19 filles.
Toutes nos tentatives pour avoir des informations détaillées sur l’impact de la canicule sur les activités du service du SAU sont restées vaines. Toutefois, il ressort des statistiques que l’effectif des malades croit fortement pendant les périodes de forte chaleur.

Les bonnes pratiques à observer. La vague de chaleur est loin d’être terminée. Les prévisions météorologiques annoncent que le thermomètre continuera d’afficher près de 40°C dans les jours à venir. Pour faire face à la situation, le Dr Thierno Madani Diop, chef du service réanimation, insiste sur les précautions élémentaires à prendre pour éviter les conséquences dramatiques de la canicule. «Ces mesures sont valables pour tout le monde, mais spécifiquement pour les couches fragiles, notamment les tout-petits et les personnes âgées », conseille-t-il.
Notre interlocuteur souligne que la toute première règle est de boire suffisamment d’eau. En effet, l’organisme cherche à s’adapter à la canicule. Ainsi, dès que la température corporelle dépasse 37°C, le corps met en action des mécanismes de régulation thermique.
Pour qu’il joue pleinement son rôle, l’organisme doit être régulièrement hydraté. A en croire le praticien, l’eau est la principale composante de l’organisme, surtout chez les enfants chez qui l’eau représente 80% du poids.
« La chaleur occasionne des pertes d’eau par la transpiration qui débouche sur des déshydratations », prévient l’anesthésiste. En outre, il conseille de donner fréquemment de l’eau aux enfants qui, très souvent, ne peuvent exprimer le besoin.
La déshydratation ne touche pas que les enfants, mais aussi les adultes imprudents et surtout les personnes âgées à partir de 65 ans et plus. Les vieillards perçoivent moins bien la chaleur et leur sensation de soif est atténuée même lorsqu’ils ont besoin de boire.
Le médecin de Gabriel Touré souligne aussi l’urgence d’éviter de s’exposer au soleil et de dormir dans des chambres mal aérées et dans lesquelles la chaleur est forte. Ceux qui s’exposent à la grande chaleur, courent le risque d’attraper des maladies très graves dont les complications sont redoutables, prévient le Dr Diop qui conseille par ailleurs d’éviter absolument les activités physiques aux heures les plus chaudes et recommande de porter un chapeau bien aéré, des vêtements légers et amples.
Karamoko Sacko, pédiatre à l’hôpital Gabriel Touré, insiste : la non observation de ces mesures expose singulièrement les enfants à des pathologies, notamment des affections de la peau, la déshydratation et l’insolation. Selon le pédiatre, l’augmentation de la température extérieure fait monter également la température corporelle, créant une fièvre artificielle aux conséquences fâcheuses chez les enfants.
Issa Dembélé

Source : L’Essor

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