Édito n°007 Matin Bonheur: « Pourquoi il est politiquement contre-productif de détenir un journaliste »

Dans son Édito n°007 Matin Bonheur, André Silver Konan démontre pourquoi il est politiquement contre-productif, pour un État, de détenir un journaliste. Décryptage.
 Six journalistes ont été détenus et inculpés, notamment pour “atteinte à la sûreté de l’État”, en rapport avec des écrits sur la mutinerie de soldats de la Force spéciale à Adiaké.
Que les choses soient claires ! Mon intervention ne vise pas à démontrer l’illégalité ou non de ces détentions, quand bien même il existe une loi qui dépénalise les délits de presse.

De fait et de droit, dans l’exercice de son métier, un journaliste ne doit pas être systématiquement jeté un journaliste en prison. Exactement comme on ne jette pas systématiquement en prison, un médecin qui commet une erreur médicale ou un magistrat qui se trompe dans une décision.

« LA DÉTENTION NE DONNE AUCUNE LEÇON À UN JOURNALISTE. BIEN AU CONTRAIRE. IL EN SORT AVEC LE SENTIMENT D’ÊTRE DEVENU UNE SORTE DE HÉROS »

La dépénalisation des délits de presse ne signifie pas que le journaliste est au-dessus des lois. Loin s’en faut. S’il commet une infraction dans son quartier, la loi s’applique à lui dans toute sa rigueur. Dans ce cas, on n’est plus dans le délit de presse, mais dans l’infraction de droit commun. Nuance.

De la dépénalisation des délits de presse

La dépénalisation des délits de presse ne signifie pas que le journaliste jouirait d’impunité, quand bien même ses écrits violeraient les règles d’éthique et de déontologie.
En effet, la loi sur la presse prévoit des sanctions : interdiction d’écriture, suspension du journal, sanctions pécuniaires, etc.

Petite confidence au passage, ceux qui pensent donner une “petite leçon” au journaliste, en le faisant arrêter, se trompent. La détention ne donne aucune (je répète: aucune) leçon à un journaliste. Bien au contraire. Il en sort avec le sentiment d’être devenu une sorte de héros ou une star de la plume.

Bref. Pourquoi est-il est politiquement contre-productif, de détenir un journaliste ? Une pédagogie difficile d’autant plus que le magistrat, je l’admets, n’est pas un politique.

Détentions inconséquentes: 4 raisons

Raison numéro un: la méfiance de l’opinion publique nationale. Chaque fois qu’un journaliste est arrêté, l’opinion nationale s’en émeut. Il s’en suit des expressions de dépit, à l’endroit de la justice, accusée, à tort ou à raison, de chercher à museler les libertés.

Raison numéro deux : l’opinion internationale. Dès qu’un journaliste est arrêté, l’information passe en boucle sur les chaînes internationales et les téléspectateurs ou auditeurs de ces médias ne voient pas la responsabilité du magistrat qui a ordonné l’arrestation, mais celle des dirigeants, qu’ils n’hésitent pas à affubler de tous les qualificatifs péjoratifs.

Raison numéro trois : le mauvais signal envoyé aux investisseurs potentiels. En fait, chaque fois qu’un journaliste est arrêté pour un écrit, le pays perd des points dans le classement mondial de la liberté de la presse. Ce classement est l’un des indicateurs qui détermine de potentiels investisseurs à se rendre ou non, dans un pays.

Enfin, raison numéro quatre et c’est une question de bon sens. A quoi sert-il de maintenir en détention, un journaliste qui, selon la loi, ne peut pas être emprisonné, dans l’exercice de son métier ?

Réponse: à rien, absolument à rien. Puisque si l’objectif est de l’inculper (comme cela s’est passé avec les six journalistes qui ont par la suite libérés), tout magistrat peut aussi bien le faire, sans forcément passer par la détention.

Que doit-on donc retenir ? Eh bien, le seul mérite quand on détient un journaliste dans un pays, c’est de noircir un peu plus le tableau de la liberté d’expression, et par ricochet ternir l’image du pays. C’est cela que nous voulons pour la Côte d’Ivoire ?

Source : http://www.andresilverkonan.com/2017/02/17/edito-n007-matin-bonheur/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *