Gestion des ressources forestières et fauniques : L’HEURE DU SURSAUT A SONNE

Face à la dégradation continue des richesses naturelles,  le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable a tiré la sonnette d’alarme afin de moraliser leur exploitation

Les grands axes routiers de notre pays et les rues des centres urbains et de la ville de Bamako sont jonchés de dépôts anarchiques de bois de chauffe et de charbons de bois, bien souvent exploités frauduleusement. Le courant d’exportation du bois d’œuvre et du bois énergie en direction des pays voisins et de l’Asie est inquiétant. Il constitue un réel facteur d’accélération de la dégradation de la couverture végétale nationale. A ce rythme, notre statut de pays « puits carbone à l’horizon 2030 » ne sera qu’une illusion.

Face à cette situation, tel un commandant en chef galvanisant sa troupe qui se prépare à un combat, le ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Mme Kéita Aïda M’Bo a déclaré que le degré de dégradation des ressources forestières et fauniques commande de la part de chaque cadre forestier, où qu’il se trouve, un changement de comportement et de mentalité pour réussir sa mission qui est de garantir la gestion durable du patrimoine commun. C’était lors de la réunion d’échanges et d’orientation des activités du service forestier qu’elle a présidée vendredi dernier, dans la salle de conférence de la Direction nationale des Eaux et Forêts (DNEF) à Niamana. La rencontre s’est déroulée en présence du premier responsable des forestiers du Mali, le général Mamadou Gakou, des directeurs régionaux des Eaux et Forêts et des chefs de projets de la DNEF.

La mission de gestion durable des ressources naturelles et de protection du couvert végétal a des implications complexes. Car, il s’agit de concilier les besoins sans cesse croissants des populations avec la disponibilité des ressources forestières et fauniques, qui du reste, se raréfient suite à leur mauvaise gestion accentuée par les changements climatiques. Cette mauvaise gestion dont nous sommes, en partie responsables, doit être très vite corrigée, a ordonné le ministre Mme Kéita Aïda M’Bo qui a promis que des efforts seront engagés avec énergie dans ce sens en vue de rétablir l’image du service, suffisamment écornée par le comportement indélicat de certains agents.

La discipline qui constitue la force de toute administration, en l’occurrence un service paramilitaire comme la DNEF, doit être de mise à travers l’application des sanctions et la reconnaissance du mérite, selon le chef du département. « Nous devons changer de comportement dans la manière d’aborder les usagers de la route, dans la manière de gérer les postes forestiers, entre autres », ajoute-elle. Convaincue que plusieurs contraintes s’opposent à l’ambition de réussir la gestion durable des ressources forestières et fauniques, elle promet que des dispositions nécessaires seront prises pour trouver les solutions appropriées.

Le contrôle forestier tel que mené actuellement a montré toutes ses limites. Le non respect des textes en vigueur conduit inévitablement à la dégradation effrénée du domaine végétal national. C’est pourquoi, l’organisation de l’exploitation des ressources forestières doit désormais faire l’objet d’une attention particulière et d’une vigilance de tous les instants, a estimé Mme Kéita Aïda M’Bo. Les actions doivent également être orientées à l’avenir vers la professionnalisation de la filière bois énergie. Seuls les exploitants professionnels agréés et les structures rurales de gestion de bois fonctionnelles doivent avoir accès aux massifs forestiers qui disposent de plans d’aménagement. La production du bois énergie doit être exclusivement réservée à la consommation nationale.

Au titre de l’exploitation de la faune sauvage, il s’agira davantage de veiller à la mise en œuvre conséquente des différents contrats d’amodiation en cours et de leurs cahiers des charges. Le choix de cette option de gestion de la faune a été pressenti comme une alternative pouvant contribuer à la gestion durable de la faune et de son habitat. Pour obtenir cet impact escompté, il s’impose un meilleur suivi des engagements transcrits dans les cahiers des charges.

Par ailleurs, la synergie entre les différents projets et programmes en cours d’exécution favorisera des interventions cohérentes susceptibles d’optimiser leurs impacts sur le terrain. Dans ce contexte, le cadre de concertation multi acteurs « forêts et changement climatique » prévu dans la phase II de l’Alliance globale pour le changement climatique (AGCC-2) permettra de garantir cette synergie et de capitaliser les acquis. Pour consolider tout ceci, la circulation de l’information doit être obligatoire dans la mesure où, l’information est une denrée périssable si elle n’est pas consommée à temps, a fait remarquer le ministre Mme Kéita Aïda M’Bo qui a rappelé que l’information est surtout capitale dans la gestion d’un service comme la DNEF, ayant en charge la protection des ressources naturelles qui font l’objet d’une grande convoitise dans notre pays.

Dans cette perspective, le ministre a engagé les forestiers à s’investir davantage dans la promotion de solutions alternatives au bois énergie en vue de réduire les grandes pressions sur les ressources forestières. L’élaboration et la mise en œuvre d’un programme d’investissement forestier, de conservation et de valorisation de la faune et de la biodiversité, contribueront à réaliser cette ambition.

Ces orientations ont permis aux responsables du service forestier d’échanger sur les pistes de solutions et de faire des recommandations. Celles-ci ont porté essentiellement sur l’application stricte des textes, la dotation en moyens logistiques et matériels du personnel du service des Eaux et Forêts, la suspension temporaire (sur une période de 3 ans par exemple) de la délivrance des permis d’exploitation du bois de chauffe et du charbon de bois sur toute l’étendue du territoire national.

D’autres recommandations ont porté sur l’amélioration de la qualité de la formation et la moralisation de la profession. Dans le cadre du contrôle forestier, le Projet de gestion durable des forêts (GEDFOR) a présenté un document de stratégie pour un contrôle forestier efficace. Elle est assortie d’un plan d’action comportant 23 actions pour un coût global de 3,7 milliards de Fcfa sur 3 ans.
Dans le cadre de la gestion des ressources forestières et fauniques, la solution du partenariat public-privé a été privilégiée. A titre d’exemple, une communication a été présentée sur l’amodiation du complexe Bougouni-Yanfolila, d’une superficie de 199.820 hectares de réserve de faune et de zone d’intérêt cynégétique géré par la société Agro-Industrie Développement (AID-SA).

En terme d’alternatives au bois de chauffe et au charbon, ils recommandent de rendre obligatoire l’usage des énergies renouvelables telles que la biomasse (briquettes combustibles) et le gaz butane. A cet égard, le ministre a rassuré les responsables présents du soutien de son département ainsi que de celui du gouvernement pour toutes les initiatives pouvant garantir la gestion durable des ressources forestières et fauniques au Mali.

Cheick Amadou DIA

Source : L’Essor

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