L’islamisme dans la politique au Mali : IBK reste-t-il le candidat du Haut Conseil Islamique ?

Gilles HOLDER, anthropologue, chercheur au CNRS et à l’IRD l’avait dit sur RFI : “Oui ! Tout à fait. Les religieux sont devenus incontournables dans le champ politique malien. Depuis la démocratisation de 1991, où on observe non seulement une montée en puissance des organisations avec la possibilité de se créer en associations religieuses, mais aussi suite à une certaine désillusion, sur la capacité de la sphère politique à présider aux affaires générales de la cité.

C’est un phénomène qui date d’avant 1991. Mais, le processus démocratique, et surtout son désenchantement à accepter ce phénomène. La légitimité de la parole publique au Mali, c’est le religieux et l’Islam en particulier. C’est vrai que la sphère islamique propose une certaine moralisation de la vie publique, une certaine rationalisation. Je crois que, en tout état de cause, c’est à la société malienne de se déterminer.

Je crois que ça va plus loin que ça. C’est-à-dire que, on a une minorité d’acteurs politiques qui sont déçus du processus démocratique. Et qui ont, déjà, opéré ce transfert sur l’espace religieux. On peut penser, par exemple à IBK. On l’a proclamé souvent comme candidat du Haut Conseil Islamique. En tout cas candidat de Mouhamoud Dicko et des Wahabites. Mais, c’est aussi vrai de Mountaga Tall qui activait des réseaux malikites et Tidjanites, etc. Donc, cette prise de conscience de la classe politique, je crois qu’elle est déjà bien actée. Je crois que ça va plus loin. C’est dire que, aujourd’hui, la sphère religieuse n’est plus seulement un soutien à la venue politique. Je vous rappelle que le Secrétaire général du Haut Conseil Islamique, Mamadou Diamoutani, est le Président de la Commission Electorale Nationale Indépendante (NDLR en 2013).

A travers cette crise, l’émergence de ces djihadistes et salafistes, au nord du Mali, il y a eu une polarisation qui s’est opérée entre, d’une part les tenants du Haut Conseil Islamique dirigé par Mohamoud Dicko avec son idéologie wahabite derrière. Et d’autre part, un regroupement de forces malikites, c’est-à-dire les confréries traditionnelles, les confréries où les mouvements associatifs néo-soufis. Une polarisation entre les musulmans maliens, qui eux, refusent de se constituer dans ce débat public. Qui désirent continuer d’être musulmans sans nécessairement entrer en politique.”

Dans tous les cas, avec la dernière rencontre des religieux sous forme de forum, les uns et les autres se demandent si IBK n’est pas en train de reconstituer à travers encore Mahmoud Dicko ce pôle de soutien pour 2018. Malgré la réticence de certains qui jugent le bilan catastrophique et chaotique.

Quoi qu’il en soit, ce que nous vivons actuellement avec les routes de la ville de Bamako totalement hors d’usage seules les voies menant chez les ministres ou anciens ministres praticables, les caniveaux bouchés, le panier de la ménagère troué, l’augmentation de l’impôt, la recrudescence du banditisme, la corruption galopante, la vie des enseignants et des médecins foulée au pied…

Boubacar DABO

Source : Zénith Balé

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