Tribune libre : Comprendre la démarche du Président IBK

Le président Ibrahim Boubacar Keita ( 2014.@ MIGUEL MEDINA / AFP

Le Président Ibrahim Boubacar Kéïta vient de boucler les quatre ans de son premier quinquennat que lui a confié démocratiquement le Peuple malien. Du 4 septembre 2013, date de sa prise officielle de fonctions en tant que Président de la République,  à nos jours, IBK a brillé par sa présence incontestable sur le front pacifique, démocratique, diplomatique et socio-économique national et international du Mali. Du processus de paix à celui de démocratisation, en passant par le développement multisectoriel et la gestion consensuelle et légaliste des difficultés inhérentes à la vie de tout Etat de Droit, il a su se montrer un véritable Homme d’Etat. Il a prouvé en face du monde qu’il est un Homme de dialogue, à l’écoute de tous les Maliens et au service total du Mali.

D’appréhensions politiciennes à des actes de sabotage délibéré de l’Etat en passant par des déclarations haineuses, des propos déplacés et malveillants ; des récriminations frisant l’incivisme, la calomnie, avec des grèves et débrayages sur fond d’incitation à la violence, … On pourrait en aligner davantage. Qu’est-ce qu’IBK n’a pas essuyé de la part de ses rivaux politiques depuis qu’il a été démocratiquement élu en 2013 ? Pour moins que ça, certains compétiteurs montent au créneau pour se mettre à traîner dans la boue l’image du pays même et des institutions de la République avec des termes qu’on ne saurait imaginer même dans les vieilles Démocraties.

Cependant, égal à lui-même, le Président IBK a toujours su se montrer tranquille dans l’âme, imperturbable dans les gestes et faits marquants. Ce, en libérant à gauche, graciant à droite ; posant une première brique par ci, coupant un ruban symbolique   par là ; dialoguant et concertant ici, négociant et plaidant la cause nationale là-bas ; écoutant attentivement les uns, traitant les autres affablement; accédant aux exigences d’un côté et s’accommodant à la volonté populaire de l’autre. Au point que d’aucuns l’accusent de se laisser plutôt « trimballer » ou influencer jusqu’à s’écarter de son caractère de fermeté d’antan, de ‘‘kankelentigiya’’ de nature, d’Homme de principes. Ils l’accusent d’être en train de laisser le Mali s’enfoncer dans l’égarement, le statuquo, l’anarchie sociopolitique et dans une logique de partition du pays qui avance au pas de gymnastique par son attachement avéré aux vertus du dialogue, aux principes sacro-saints du processus démocratique,  à la diplomatie, à la solidarité internationale, à la politique de décentralisation et à l’esprit de tolérance.

Certains jugements sont sans appel : «IBK veut conduire le Mali au bord du gouffre par son manque d’autorité, ses excès de tolérance». «Il ne gouverne pas, mais voyage et cède toujours», déclarait de façon sentencieuse un autre Malien sur les antennes d’une station étrangère. Et, pourtant, si on  s’écartait un tout petit peu des passions pour examiner objectivement la démarche du septuagénaire, sa gestion pédagogique du pouvoir à la lumière de notre Histoire millénaire, la sentence pourrait surprendre.

En effet, souvenons-nous que, dans le passé, la nation malienne a été d’un Peuple naturellement nationaliste, épris de liberté, de dignité, d’honneur et foncièrement opposé à l’abus, à l’injustice sociale, au mensonge, au vol, à l’intolérance, à la démagogie, à l’illégalité, à l’excès et à l’arrogance. La plupart des guerres que ce pays ait connues dans son Histoire tirent leurs causes dans la violation de ces valeurs intangibles et sacralisées depuis toujours. De l’empire du Ghana aux mois de mars 1991 et 2012, chaque fois que des maîtres du jour ont ignoré ce principe, le cours de l’Histoire du pays tout entier a culbuté, avec plus ou moins d’inhumanités et d’atrocités.

La rébellion de Soumangourou Kanté est partie de la chasse à l’outrance aux esclaves après le déclin de l’empire du Ghana. Lui aussi devenu, excessivement, puissant, Soumangourou Kanté se  noiera à son tour dans une dictature absolue. Sans coup férir, c’est Soundiata Kéïta  qui parviendra alors à réunir autour de lui les différents clans du Manding pour tourner définitivement cette page d’abus de pouvoir et de malveillance. De cette victoire sur l’injustice et l’arbitraire paraîtra  le légendaire ‘‘Pacte de Kuru kan fuga’’ dont  l’Humanité dispose aujourd’hui à partir d’une Histoire orale, certes, mais authentiques. Ce pacte qui n’a presque rien à envier à la Déclaration  universelle des Droits de l’Homme consacre l’esprit de solidarité et de fraternité entre tous les citoyens du Manding : «Aucune vie n’est supérieure à une autre vie humaine».

De Kuru kan fuga au 26 Mars 1991, beaucoup d’eaux ont coulé sous le pont, comme on le dit. D’autres Etats se sont succédé sur ce territoire. Mais est-il toujours que chaque fois l’insolence, l’incivisme, l’arbitraire et la désobligeance s’érigeaient en système dans les comportements de la Société, chaque fois que le principe de l’Unité nationale et de la bonne compréhension entre Gouvernants et Gouvernés, a été violé, l’Etat a chuté, le Pouvoir a changé de mains et, le plus souvent, de façon barbare et toujours avec un lourd tribu pour le Peuple.

Même la chute du Régime de Modibo Kéïta, le 19 novembre 1968, et l’accueil qui a été réservé par le Peuple à celui de Moussa Traoré sont dus principalement aux exactions de la milice populaire complètement détournée de sa mission pour s’abattre sur les pauvres citoyens. Et on connait la suite ayant encore conduit à l’avènement tragique de l’ère démocratique le 26 mars  1991.

En somme, s’il est une explication à la gestion partagée du pouvoir  proposée par le Président IBK, c’est bien dans l’unique souci de mettre fin à ce cycle infernal de bégaiements de l’Histoire. Il s’agit d’amener ses compatriotes à avoir une autre approche du pouvoir, celle de la tolérance et du compromis, d’évacuer la méchanceté et la violence de nos expressions et comportements politiques.

Dans sa vision pour la paix, IBK, avec, par exemple, sa récente décision salutaire de reporter son projet de révision constitutionnelle, tient à enseigner aux Maliens qu’en démocratie il n’y a ni d’ennemis du pays ni d’apatrides, mais des patriotes qui peuvent se tromper ou être induits en erreur. Donc, qui peuvent s’expier, se repentir à la longue,… Voilà ce qui semble être la démarche, la stratégie politique de l’actuel locataire du palais Koulouba.

Ses compatriotes pourront-ils le comprendre ? Toute la question est  là.

En tout cas, à l’issue de ces quatre dernières années, le Tisserand en chef n’a ménagé aucun effort pour restaurer le climat de paix et d’unité nationale et renforcer le processus démocratique auxquels tous les Maliens se montrent à la fois profondément et différemment attachés aujourd’hui.

 

Habib Diallo

Source : L’Observatoire

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