Violence verbale à la grande mosquée de Bamako : Mahamoud Dicko présente ses excuses…

 Le 26e numéro du forum de la presse a reçu comme invité, mardi dernier, à la Maison de la presse de Bamako, le président de la commission de bons offices, l’imam, Mahmoud Dicko. Le président du Haut conseil islamique du Mali répondait à nos confrères Daba Tounkara de la radio Djekafo, Antoine Dembélé de la radio Renouveau et Madou Doumbia de la radio Kledu.  Il s’est expliqué sur la mission de bons offices qu’il a conduite dans le nord et le centre du pays. L’interview s’est déroulée en langue nationale bamanan. Mahmoud Dicko se dit convaincu que la mission qu’il a dirigée devra permettre une sortie définitive de crise. Il s’est également prononcé sur d’autres questions d’intérêt national….

Mahmoud Dicko explique que la mission de bons offices, qui était récemment dans la partie nord du pays précisément à Kidal, Gao, Tombouctou, a passé un seul message partout où elle s’est rendue. Il a attiré l’attention des uns et des autres sur le danger qu’il y a aujourd’hui et qui divise toutes les forces vives de la nation.  « Le Mali est un grand pays. N’agissons pas avec le cœur mais avec l’intelligence et dans le respect. Préservons l’essentiel qui est la patrie. J’appelle les uns et les autres à la retenue. Je prie pour la cohésion, le bonheur et la paix entre tous les enfants de ce pays. » a-t-il fait savoir.

Concernant Iyad Aghaly, considéré comme le principal catalyseur de l’instabilité dans la sous-région, le président du HCI a été on ne peut plus clair : « je n’ai jamais demandé à l’Etat de négocier avec Iyad. Mais, j’ai plutôt demandé à ce que l’Etat malien négocie avec tous les enfants de ce pays. Donc, j’ai été à Kidal, je n’ai pas vu, ni rencontré Iyad Aghaly, ni lui, ni ses émissaires.  Le nom de Iyad n’existe pas dans mon ordre de missionMa mission s’adresse à l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus de paix inter malien. J’ai parlé avec les notabilités (chefs de tribus, leaders religieux, communicateurs traditionnels) et, tous ceux-ci sont censés représenter Iyad. »

Rivalité entre Gatia et CMA…

« A mon arrivé à Kidal, j’ai fait la remarque aux notabilités. Vous ne pouvez pas m’accueillir de la sorte avec tous les honneurs alors que la CMA et la plateforme s’affrontent à Ménaka. Ils m’ont promis de revenir en arrière et de retirer la CMA des positions qu’elle a réoccupées. Dans leurs doléances, ils demandent un gouverneur neutre. Selon eux, en effet, l’actuel gouverneur Ag Ichrach serait proche du Gatia. Pour l’opérationnalisation du MOC, ils ont accepté le déploiement de 200 éléments issus des FAMA mais souhaitent analyser un peu pour retarder le déploiement du quota de la plateforme.  Si on se donne la main, on trouvera une solution à cette crise. La preuve, durant mon séjour, quelque chose m’a beaucoup impressionné. Aucun d’entre eux, au cours de notre entrevue, n’a prononcé le mot « Azawad ».  Ils parlent tous du Mali. A ce titre, je peux affirmer que Kidal fait bien partie du Mali. »

A travers ces rencontres avec les notabilités de ces régions instables du pays, Mahmoud Dicko et la délégation qui l’accompagnait ont eu à expliquer les objectifs clés de la mission de bons offices. A savoir, ramener la paix et la cohésion sociale, inviter les dignes fils du pays à se donner la main pour bâtir et investir dans la paix et la réconciliation nationale. D’autre part, le président de la mission de bons offices a fait savoir au public que la crise que le pays traverse pour le moment doit amener chaque Malien à apporter sa pierre à la construction de l’édifice.

Porte atteinte à notre religion…

La révision constitutionnelle qui est presque sur toutes les lèvres a été longuement abordée par le président de la mission de bons offices au cours de ce forum de la presse. Pour lui, le texte référendaire n’est pas en contradiction avec les principes de l’islam.

« Ce problème est une affaire entre les hommes politiques et fait partie de l’exercice démocratique. On a créé une majorité dont le rôle est de diriger et une opposition qui a pour vocation de s’opposer. En ce qui nous concerne, au niveau du haut conseil Islamique, quand on a été contactés à travers une lettre, nous avons commis des constitutionalistes pour donner notre avis là-dessus à niveau de l’Assemblée nationale. Mais le dernier mot revient aux législateurs. Dans notre façon de voir, on a rien vu dans la nouvelle mouture du projet de la nouvelle constitution qui porte atteinte à notre religion ou qui va à l’encontre des principes musulmans. On ne peut pas se fier à des interprétations. Le jour où on verra quelque chose dedans, qui va à l’encontre de nos principes et valeurs sociétales, nous allons nous lever pour protester. Mais voter ou ne pas voter ce projet ne relève pas de notre responsabilité. Tant que la stabilité du pays n’est pas menacée, et tant que les règles du jeu démocratique sont respectées. Nous ne nous impliquerons pas. Au moment où vont les choses, nous nous inquiétons beaucoup. La crise a pris une autre tournure ce qui est grave » a-t-il dit. Et d’ajouter que la mission de bons offices ne ménagera aucun afin d’apaiser la situation.

Mais selon lui, cette révision constitutionnelle est en train de prendre une autre connotation aujourd’hui, du fait de la violence qui en a découlé. Toute chose qui n’arrange pas la situation actuelle du pays, avec tout ce qui se passe au nord et au centre du pays.

« Nous invitons le chef de l’Etat à analyser la situation avec intelligence et dans l’intérêt supérieur de la nation ; aussi à écouter le peuple au nom de la paix sociale. Nous appelons l’opposition à la retenue et à mettre l’intérêt du pays en avant. », a souhaité Mahmoud Dicko.  

 Violence verbale contre violence physique…

A propos du meeting des leaders religieux à la grande mosquée de Bamako et qui a particulièrement été houleux, l’Imam Dicko dira que « la violence verbale a toujours accouché de la violence physique. Nous cherchons toujours à apaiser les cœurs et les espritsCe jour-là, nous avons parlé avec passion. Nous avons tort et au nom des musulmans du Mali, je présente des excuses pour cette infraction. La parole nous a échappés et ce n’est pas le rôle d’un leader religieux d’inciter les gens à la violence. Nous aimons le bien de ce pays et nous voulons la stabilité et la cohésion. Nous demandons pardon à tout le monde au nom de la paix et de la stabilité nationale. », a-t-il martelé.

Parlant des réseaux sociaux, l’imam Dicko dira qu’il est un novice en la matière car il ne s’y connaît pas et ne cherche même pas à y jeter un coup d’œil. « Souvent on me rapporte des informations ou des bobards qu’on a dits de moi sur les réseaux sociaux. Mais, je ne porte pas de crédit à ces propos. Ma religion m’interdit de porter crédit à des ragots. Tout ce que Dieu nous donne dans ce monde, ici-bas, a ses avantages et ses inconvénients. C’est à nous de faire la part des choses pour servir l’humanité. », a conseillé le leader religieux.

 Ras Bath cherche la vérité…

« Ras Bath est notre fils, il ne vient pas d’ailleurs. C’est notre enfant. S’il a fait quelque chose qui n’est pas bon, appelons-le pour lui donner des conseils. A ma connaissance, je ne l’ai reçu qu’une fois dans mon bureau pour une histoire entre rappeurs. Après, on ne s’est plus vus. Mais, il a défendu bec et ongles ma cause sans lui le connaitre quand on me dénigrait ailleurs. Des gens sont allés jusqu’à dire que Dicko lui a donné de l’argent. J’ignore pourquoi ce jour-là il a pris ma défense. A l’écouter c’est quelqu’un qui cherche la vérité. Pour moi, il n’y a pas de problème Ras Bath dans la mesure où la liberté d’expression est garantie dans notre pays. C’est des arguments contre des arguments et cela, dans le respect de la loi. Mais, s’il commet des erreurs, on peut lui parler et l’encadrer. Sinon les menaces et intimidations ne sont pas la solution, au contraire. Pour moi, il critique pour un changement de comportements et de mentalités chez les jeunes. Il dénonce la mauvaise gouvernance et la corruption.  C’est sa contribution à la construction citoyenne. Mais, s’il pose un acte qui est contraire à la loi, il doit être sanctionné. Là, c’est à la justice de faire son travail. Sinon, il ne faut pas le diaboliser ou le politiser. Son combat, à ce que je sache, n’est pas dirigé contre le pays. Prions pour notre patrie, le Mali, reste une grande nation. On peut trébucher mais ce pays ne tombera jamais !», a conclu l’imam Mahmoud Dicko.

Source : L’Enquêteur

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